Share alike, c’est une série documentaire produite par Lent ciné de neuf épisodes d’une quinzaine de minutes. Chaque épisode est centré sur une thématique et suit un·e artiste ou un collectif. Dans la série, il y a des images de création, des récits de vie, des œuvres remixées, des discussions, de la couleur, des questionnements, des tâtonnements et de la musique, entre autres.
Note d’intentions
La musique, la recherche, les logiciels, les arts visuels, le cinéma, le savoir, tous les domaines sont concernés par le partage, par la culture du libre. La culture libre, c’est le mouvement qui défend, promeut et pratique la liberté de distribuer et de modifier. Le partage !
Internet a permis de placer le partage à un niveau jamais atteint de facilité et de rapidité. Mais rapidement, ce partage a été considéré par la loi comme du « piratage » et Internet est passé d’un espace ouvert où le partage était la règle à un espace surveillé où le partage est un délit.
Au début des années 2000, en réponse à ça, des artistes et des juristes ont créé des outils alternatifs, importés du monde du logiciel : les licences libres. Les créateur·rices peuvent autoriser tout le monde à partager, copier et réutiliser leurs œuvres en y apposant une licence libre. Iels peuvent ainsi créer un lien particulier avec leur public, plus direct, plus proche, parce qu’iels considèrent leurs œuvres comme des biens communs plutôt que comme leur propriété.
Cette philosophie du partage est à l’opposée de celle qui régit aujourd’hui la création et qui s’incarne dans le droit d’auteur. D’un côté, certains voire aucun droit réservé, de l’autre, tous droits réservés. Les licences libres n’ont pas été développées pour nier le droit d’auteur, mais pour l’aménager. Cet ensemble de droits, créé il y a deux siècles, est censé conférer aux artistes une certaine maîtrise de leurs œuvres en les considérant comme seuls propriétaires de leur création. Dans les faits, ils donnent davantage un statut juridique aux œuvres qu’aux artistes.
Dans la pratique, les artistes doivent trouver les moyens de créer et travailler avec des structures de production et de diffusion. Pour ça, iels doivent leur céder les droits d’exploitation de leurs créations, sans savoir si cela leur permettra de subvenir à leurs besoins. Ce qui précarise la grande majorité des créateur·rices dont la rémunération dépend du droit d’auteur.
Alors même que tout le monde a besoin de l’art, sous toutes ses formes. Cette réalité nous a sauté aux yeux durant les périodes de confinement liées au covid. Les films, les séries, la musique, les livres, les photos, les peintures, les dessins, et bien d’autres nous ont aidé à passer ces temps difficiles, en s’évadant, en voyageant, en vivant par procuration tout ce qu’on ne pouvait plus vivre, en continuant à nous émouvoir.
Share alike est une série qui veut rendre compte de l’élan de la nouvelle génération d’artistes et de public : aller vers le collectif et le partage, en s’affranchissant des pratiques en place de nos jours pour créer ses propres moyens de production et de diffusion et en fédérant un public underground.
Avec cette série, nous souhaitons rendre visibles ces artistes, en filmant et en interrogeant celleux qui ont décidé de faire un pas de côté, et de se positionner à la marge du système actuel. En plaçant leurs œuvres sous licence libre, iels privilégient la diffusion à la rémunération, le partage à l’accaparement. Et font en sorte que le public y ait librement accès et qu’il puisse aussi s’en emparer pour créer à son tour.
Pour rendre leur démarche compréhensible, il nous faut revenir sur le fonctionnement du monde de l’art et de la culture, mais aussi d’Internet. Comment comprendre les licences libres sans comprendre le droit d’auteur et la propriété intellectuelle ? Comment comprendre que certain·es se tournent vers le crowdfunding sans revenir sur l’économie de la création, y compris sur internet où elle est largement contrôlée par les GAFAM ? Nous souhaitons déconstruire l’idée que ces fonctionnements seraient naturels et immuables. Ces phénomènes sont des choix économiques et politiques qui sont largement inspirés par de grosses entreprises capitalistes, qui défendent leurs intérêts. Autre chose est possible, à d’autres échelles, plus humaines, et avec d’autres temporalités, moins dans l’immédiateté.
Nous voulons raconter l’histoire d’une révolution, celle de l’art libre, tant du point de vue du public que des artistes. Cette histoire, elle s’incarne dans des personnes, dans des actes, des gestes. Elle s’incarne aussi dans des choix, et des combats. C’est un récit qui s’apparente à celui de David contre Goliath, des faibles contre les forts. Nous souhaitons mettre en avant ce mouvement de création d’œuvres par ces créateur·rices qui luttent pour un monde de partage et de liberté. Qui font avancer cette utopie concrète par la création de communs.
Share alike, « partage dans les mêmes conditions », c’est le nom d’une clause qui permet d’assurer aux œuvres de rester libres pour toujours, en obligeant les créations dérivées à être
distribuées sous licence libre. Elle est la garantie d’un bien commun, et permet de concrétiser une philosophie de liberté et de solidarité en lui donnant une existence.
Nous suivons les pas des libristes en plaçant l’œuvre que nous créons sous licence libre, parce que nous pensons qu’elle doit être un objet de réflexion et de discussion librement accessible et réutilisable. Ainsi, toute la série sera constituée de matériel libre : les musiques, les images, les dessins, et donc nous proposons que la série le soit aussi !
